EXPOSITION
Eva Linder, la pierre
et la lumière…
Incursion dans le sacré : Eva Linder confronte,
à l’église Saint-Thomas, la peinture à une architecture empreinte de spiritualité.

Vertige de la verticalité. Sur plusieurs colonnes de la nef, de longs formats peints en rouge et/ou jaune accrochent le regard. Le jeu des arcs, des voûtes des piliers, des vitraux, toute cette géographie de lignes élancées de l’architecture gothique y est évoquée dans une distance qui flirte avec le monochrome et le language de l’abstraction. Car le parti pris, ici, n’est pas celui de la redondance explicite, de la mise en abyme ( une architecture…), mais, couchée sur la toile, d’une poétique et très libre résonance de la spiritualité propre au lieu.
« L’église Saint-Thomas a pour moi une signification particulière : j’habite à côté. Elle m’est donc familière. Lorsque le projet d’y effectuer un travail in situ est apparu, à l’initiative de l’association « Accord et Fugue », je me suis dit que la réponse était là, dans les vitraux », observe Eva Linder, en pointant du doigt les longilignes ouvertures de lumière.
C’est donc essentiellement un dialogue qu’elle met en œuvre, un parcours oû alternent l’une ou l’autre proposition : celle de la matière, de l’imposante présence des pierres, traduite dans des rouges d’une grande profondeur, et celles de la fluidité des rais de lumières, d’une architecture de l’esprit ( pour certains de la foi ), exprimé dans un jaune parfois proche de l’aveuglement.

Jusqu’au Luxembourg

Aux treizes peintures, l’artiste a ajouté une série de travaux sur papier présentés dans la chapelles des évangélistes. Au déploiement de l’espace, répond ici un rapport fait d’intimité, au graphisme plus haché aussi. Particulièrement intéressants : ses petits collages, oû incrustés sur fond argenté, se dessinent quelques figures de l’architecture gothique. Rapportées aux toiles de la nef, elles semblent de contemporaines enluminures.
A deux reprises Eva Linder avait investi une église : celles de Saint-Guillaume et de Saint-Nicolas. Mais il s’agissait toujours d’une intervention accompagnant un spectacle (un opéra ou une pièce de théatre). Cette fois-ci, l’artiste strasbourgeoise nous livre une exposition qui lui est propre. Elle tournera dans la région (Munster et Wissembourg figurent déjà sur son parcours), pour s’arrêter au Luxembourg. Un sillon de pierres et de lumières que nous livre modestement Eva Linder.

Serge Hartmann