Article parut dans le DNA du Août 2003
EXPOSITION
Eva Linder, la pierre
et la lumière…
Incursion dans le sacré : Eva Linder confronte,
à l’église Saint-Thomas, la peinture à une architecture empreinte de spiritualité.
Vertige de la verticalité. Sur plusieurs colonnes de la nef, de longs formats peints en rouge et/ou jaune accrochent le regard. Le jeu des arcs, des voûtes des piliers, des vitraux, toute cette géographie de lignes élancées de l’architecture gothique y est évoquée dans une distance qui flirte avec le monochrome et le language de l’abstraction. Car le parti pris, ici, n’est pas celui de la redondance explicite, de la mise en abyme ( une architecture…), mais, couchée sur la toile, d’une poétique et très libre résonance de la spiritualité propre au lieu.
« L’église Saint-Thomas a pour moi une signification particulière : j’habite à côté. Elle m’est donc familière. Lorsque le projet d’y effectuer un travail in situ est apparu, à l’initiative de l’association « Accord et Fugue », je me suis dit que la réponse était là, dans les vitraux », observe Eva Linder, en pointant du doigt les longilignes ouvertures de lumière.
C’est donc essentiellement un dialogue qu’elle met en œuvre, un parcours oû alternent l’une ou l’autre proposition : celle de la matière, de l’imposante présence des pierres, traduite dans des rouges d’une grande profondeur, et celles de la fluidité des rais de lumières, d’une architecture de l’esprit ( pour certains de la foi ), exprimé dans un jaune parfois proche de l’aveuglement.
Jusqu’au Luxembourg
Aux treizes peintures, l’artiste a ajouté une série de travaux sur papier présentés dans la chapelles des évangélistes. Au déploiement de l’espace, répond ici un rapport fait d’intimité, au graphisme plus haché aussi. Particulièrement intéressants : ses petits collages, oû incrustés sur fond argenté, se dessinent quelques figures de l’architecture gothique. Rapportées aux toiles de la nef, elles semblent de contemporaines enluminures.
A deux reprises Eva Linder avait investi une église : celles de Saint-Guillaume et de Saint-Nicolas. Mais il s’agissait toujours d’une intervention accompagnant un spectacle (un opéra ou une pièce de théatre). Cette fois-ci, l’artiste strasbourgeoise nous livre une exposition qui lui est propre. Elle tournera dans la région (Munster et Wissembourg figurent déjà sur son parcours), pour s’arrêter au Luxembourg. Un sillon de pierres et de lumières que nous livre modestement Eva Linder.
Serge Hartmann
Article paru dans « Evènement » du mois de juin 2003 (magazine religieux)
Les Peintures d’Eva Linder
Rais et lumières
L’art contemporain est souvent accusé de céder trop facilement aux sirènes de la facilité marchande. Certains artistes ne cherchent plus à créer une œuvre qui soit, simplement, belle mais préfèrent reproduire ce qui plait. La peinture oublie parfois qu’elle doit d’une certaine manière magique en représentant une tension permanente entre l’idée et la forme. Le spectateur doit souvent décortiquer les angoisses de l’artiste pour comprendre le sens de sa peinture. La complexité de l’art contemporain cache bien des fois la vanité du commercial. Rien de tout cela dans l’exposition des œuvres d’Eva Linder à Saint-Thomas. Ses tableaux jouent des couleurs et des rythmes pour dire bien plus qu’on ne pourrait le faire avec des mots. Aucune naïveté mais un art qui permet de découvrir le monde d’une tout autre manière. La création est ici le dévoilement d’un morceau de l’âme de l’artiste qui se laisse discerner avec pudeur et passion. Des lignes abstraites qui ne se noient pas dans l’abstraction mais révèle la réalité de l’objet qu’elles représentent. Un tour de force où le spectateur n’est jamais trompé sur le sens de ce qui lui est donné à voir. Une exposition qui souligne le nécessaire dialogue trop souvent négligé entre la foi et la culture. Quand l’art n’aurait sa place dans une église qu’en ornement, il ne serait rien d’autre qu’une décoration. Alors que l’art et la peinture d’Eva Linder en particulier, sont autant de manières de dire quelque chose de l’existence humaine
Immédiates périphéries
Le Jardin des thés présente Périphéries, un ensemble de treize peintures d’Eva Linder. Une exposition subtile et forte, des travaux préparatoires et d’autres plus aboutis, où l’on retrouve les grands traits du travail de l’artiste, des compositions équilibrées et travaillées, un sens de la couleur très affirmé, mais juste, qui permettent d’en apprécier la profondeur de manière quasi instantanée.
Eva Linder est née à Bourges en 1960. Issue de l’Ecole des Beaux Arts d’Angers, elle est strasbourgeoise depuis 1987. 0n se souvient de l’exposition Les rouges d’Eva Linder à la galerie Village en 1996, ainsi que des colonnes publicitaires, sur lesquelles, en 1997, elle avait appliqué ses suites de métamorphoses. Actuellement, elle est présente en plusieurs endroits, à Barcelone dans la galerie Antoni Botey jusqu’au 31 mai, à Nancy au Parc de la Cure d’Air jusqu’au 25 mai et enfin c’est l’église St Thomas à Strasbourg, à l’initiative de l’association Accord et Fugue, qui accueillera des grands et petits formats du 25 mai au 15 juin, avant de se poursuivre par une itinérance en Alsace et ailleurs, peut être.
Les tableaux exposés au Jardin des Thés jusqu’au 29 mai sont tous de petits formats. Réalisés sur papier ou sur papier huilé, ils sont issus de plusieurs techniques : huile, aquarelle, crayon, tempera et encres. S’ils sont tous non-figuratifs, l’oeil peut néanmoins y déceler des formes humaines, des symboles ou des signes d’une étrange écriture. Cependant le propos ici n’est pas celui de la narration, l’essentiel tient dans la couleur, admirablement maîtrisée, le format et la forme. La composition est rigoureuse et chaque tableau, dans une vie qui lui est propre, offre un équilibre d’une rare élégance. Le spectateur, dans sa vision, peut y construire sa propre réalité et lui donner le sens qu’il souhaite. Chaque tableau est à la fois sujet et objet. Eva Linder travaille sur un seul plan, sans perspective, sans profondeur visuelle. Tout est là, accessible, disponible, essentiel. Aucun trait n’est de trop, aucun coup de pinceau ne manque.
Article paru dans l’Hebdoscope du 14 au 20 mai 2003
La production d’Eva Linder est dominée par le rouge. C’est la couleur de l’impulsion, de la mise en mouvement, mais sans violence, sans agressivité. Les autres couleurs disparaissent, annihilées par la force de sa vibration. Seul le jaune est encore présent, car il apporte l’espace nécessaire au rouge.
Les deux couleurs dialoguent tantôt unies, tantôt séparées par le noir.
Le rouge est l’humain, le temps et le rythme de la vie, le jaune est l’espace indispensable à son épanouissement. C’est pourquoi chaque spectateur peut en construire le contenu symbolique, à la fois rencontre de l’espace et du temps, en toute humanité.
Le titre de l’exposition, «Périphéries», montre que la peinture est issue d’un ensemble de sensations de l’artiste, qui, en nous la proposant, met à notre disposition de nouvelles situations visuelles. La peinture nous traverse comme elle traverse l’artiste qui l’a créée.
Pour Eva Linder la démarche est la même «J’ai fait de la peinture, maintenant c’est elle qui me fait». Longtemps conçue comme une reconstruction du monde, elle en est maintenant un reflet indirect. Pour elle, peindre c’est «construire du possible».
Eva Linder nous offre une peinture abstraite immédiatement accessible qui traduit une maîtrise et une maturité certaines. Une visite au Jardin des Thés permettra d’en apprécier la musique, en prélude à l’exposition en l’église St- Thomas, qui permettra, au travers de ses volumes, d’en orchestrer une autre mise en lumière.