EVA – TA PEINTURE NOUS REGARDE
La jaune nous observe
le rouge bouge le dedans de l’œil
le bleu peut nous refléter
le vert révèle un secret
le blanc nous efface
le noir donne à voir mais laisse sa trace
CE TABLEAU – là
ne représente rien
rien que lui-même
(donc toile, bois, colle, huile, et
cadre et lumière et couleur couleur
couleurs et
geste du poignet de la femme qui peint
geste du buste
de la blouse bariolée
des lèvres serrées par l’effort
des vibrations de tout le corps
de minuscules mélancolies
de fragments de saine folie
de violences écorchées
de visions les yeux éblouis
CHAQUE TOILE chaque carré de papier
c’est un peu
de vie
d’Eva
C’EST ENTENDU : pas de paroles, la peinture se passe de mots.
Pourtant dans leurs quêtes PSEUDO-SAVANTES LES POETES ont trouvé, à chaque voyelle une couleur, à chaque couleur un élément ou un caractère dominant. Ainsi JAUNE est corespondant de i comme canari ou e comme « gelb », signe de TERRE et sec de caractère ? et ROUGE ? o comme orange sanguine, « blutrot » en allemand et la Fournaise comme élément, en colère de préférence !
Mais au-delà de ces plaisants jeux verbaux voici une ANALYSE PATACRITIQUE DES COULEURS, du jaune cri au rouge feu ou ce que nous dit Monsieur JOHANN WOLFGANG von GOETHE dans son « TRAITE DES COULEURS » (1883)
(cher lecteur, cher public)
La couleur tient dans la série des phénomènes naturels primordiaux une place éminente, du fait que, dans le domaine simple qui lui est assigné, elle se déploie avec une variété incontestable.
(plus loin)
En général, les humains éprouvent un grand bonheur à voir la couleur. L’oeil a besoin d’elle comme il a besoin de la lumière.
(ailleurs encore)
Les couleurs se divisent en zones. Celles de la zone PLUS sont : jaune, jaune-rouge ou orange, rouge-jaune, minium ou cinabre.
(et:)
Le jaune est la couleur la plus proche de la lumière.
Elle est dans sa pureté et à l’état clair, agréable et apaisante, dans toute sa force, elle a quelque chose d’enjoué et de noble… PAR CONTRE, ELLE EST SENSIBLE à l’extrême et fait une impression très désagréable lorsqu’elle est salie ou incline quelque peu vers la zone MOINS, et la belle impression devient celle de la fange, de la honte, du dégoût et du malaise.
(quant au rouge, voici ce que le Prince des Poètes en dit :)
Du jaune-rouge au rouge, on passe d’un sentiment d’agréable engouement à une zone d’énergie la plus intense qui agrée particulièrement aux gens vigoureux, bien portants et un peu frustes. Certaines peuplades « sauvages », de même que certains enfants, laissés à eux-mêmes en coloriant, ont un penchant certain et marqué pour les rouges « saturés », comme le minium ou le vermillon.
(Note du lecteur : pardonnons au grand poète qui, quoiqu’en avance sur son temps, juxtapose primaire et sauvage, mémoire d’enfance et infantilisme, couleur forte et franche et couleur brutale et fruste. Autrement dit, les jaunes et rouges d’Eva en 2002 ne sont pas plus simplistes que les étapes de sa vie de femme-peintre aujourd’hui, ni « enfant » ni « sauvage », mais avec des qualités de force et d’intuition qui font basculer ses interventions, qu’elles trouvent leur lieu sur les murs amicaux d’un appartement ou en plein vent sur des colonnes Morris de la Cité, – basculent allègrement des zones MOINS (nostalgie, inquiétude, honte, violence) vers la zone PLUS (plus de Vie, plus de lumière !).
Gaston Jung
